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Ju-Jitsu
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Reportages

(Magazine «Comme un Journal» - Université Paris VI Jussieu «Pierre et Marie Curie», Paris - Interview par Patrick Perier et Ilich)

Maître Stefano Surace

Italien et plus précisément Sicilien, 10e dan Menkyo kaiden.

Président de la Fédération Française de Jujitsu Butokukai et disciplines assimilées FFJJBA et du World Butokukai Institute

Comme un Journal - En quelques mots peux-tu nous présenter le JuJitsu Butokukai?

Me Surace - C’est un peu difficile de présenter en peu de mots le JuJitsu Butokukai.

C’est une méthode mise au point par les plus grands experts de JuJitsu japonais qui étaient réunis dans le conservatoire impérial des Arts Martiaux, le Butokukai.

Ces grands maîtres ont mis au point cette méthode à partir des techniques les plus efficaces de leurs écoles.

Mais une fois mise au point on ne l’a pas divulguée, on l’a réservée à une élite très restreinte.

Comme un Journal - Historiquement quelles sont les origines du JuJitsu?

Me Surace - Oh, la la ! Selon les données les plus sérieuses on doit penser que l’origine du JuJitsu est en Grèce.

Les Grecs avaient une institution qui s’appelait Jeux Olympiques.

Tous les 4 ans ils faisaient des compétitions de type martial (javelot, poids, course de char, disque...).

La discipline la plus prestigieuse était le Pancrace, c’est-à-dire un combat à mains nues où tout était permis.

Le vainqueur de cette épreuve étant considéré comme l’homme le plus fort et le plus sage du monde, chaque ville tenait à prendre ce titre et développait des écoles très poussées pour perfectionner la technique.

Et comme les Jeux Olympiques antiques grecs ont duré un millénaire, imagine le stade d’évolution qu’a pu atteindre le Pancrace!

Pendant la dernière période la rivalité entre les trois villes les plus importantes de la Grèce (Athènes, Sparte et Thèbes) et de la grande Grèce (Syracuse notamment) a éclaté.

A la fin les Spartiates ont gagné grâce aussi aux Syracusains qui avaient détruit totalement la puissante flotte athénienne; mais comme ils n’étaient pas en mesure d’administrer, la tuerie a recommencé.

Alors le philosophe Aristote, qui était l’instituteur du fils de Philippe de Macédoine, a convaincu les chefs grecs d’accepter celui-ci comme roi pour arrêter de se détruire.

Après lui son fils Alexandre le Grand est devenu roi.

En un rien de temps, grâce à ses redoutables guerriers grecs, il a conquis la Perse, une partie de l’Inde, le Moyen-Orient et l’Egypte.

A sa mort prématurée, cet empire a été partagé entre ses quatre généraux.

Le général qui a eu l’Inde y est resté avec ses troupes et ils y ont répandu leur art du Pancrace.

Cela s’est déroulé plusieurs siècles avant la fameuse légende de Shaolin selon la quelle les art martiaux ont été apportés en Chine depuis l’Inde.

Eh oui, c’est pas par hasard. Les arts martiaux sont venus de l’Inde parce qu’ils avaient été apportés par les guerriers grecs.

Evidemment des techniques locales ont pu s’y intégrer, mais sans beaucoup de poids étant, en général, assez élémentaires et primitives par rapport à un art si perfectionné.

Ensuite tout cela est passé de la Chine auJapon.

Quant à l’Occident, sous l’empire romain cet acquisest passé aux écoles de gladiateurs, mais lorsque celles-ci ont été interdites, ce savoir a disparu, d’autant qu’a prévalu l’usage des armes.

Seules sont restées des traces transmises de père en fils chez certains peuples, chez les bergers de Sardaigne, les brigands de la Calabre...

Alors, diffuser le JuJitsu en Europe ce n’est rien d’autre que retrouver le Pancrace.

Ce sont les mêmes techniques.

Notre garde on la retrouve sur les vases grecs.

Comme un Journal - Dans quelle mesure le JuJitsu Butokukai se distingue-t-il des autres arts martiaux ?

Me Surace - Pour la plupart les autres arts martiaux connus actuellement ne sont pas authentiques.

Je suis catégorique.

Ils n’auraient même pas le droit de s’appeler ainsi.

Parce que les arts martiaux authentiques, surtout ceux de haut niveau, ont pratiquement disparu.

Il est resté par exemple le JuJitsu qui était utilisé dans les polices du monde entier car il était déjà répandu.

Mais c’était un JuJitsu de bas ou de moyen niveau.

Il faut être déjà costaud pour qu’il te permette d’avoir des atouts.

Tandis que le JuJitsu que nous faisons est de haut niveau.

C’est-à dire qu’il permet aux faibles de battre les forts, à une personne âgée de battre un jeune, facilement.

Ce type d’art martial avait disparu.

En Chine avec la prise de pouvoir de Mao Tsétoung les maîtres d’arts martiaux ont été persécutés car ils étaient considérés comme des représentants d’une culture traditionnelle qui devait être éliminée pour être remplacée par la culture «populaire».

Lorsque le nouveau régime s’est rendu compte de l’erreur, il était trop tard.

Quant à nous par toute une série de circonstances ce savoir a pu m’être transmis.

Mon père était élève de deux maîtres japonais sur la base d’un accord entre les gouvernements italien et japonais.

Le gouvernement italien a envoyé des savants au Japon et en échange celui-ci a envoyé des maîtres d’arts martiaux, tout ça dans le secret le plus strict.

Au moment où mon père a terminé sa préparation la seconde guerre mondiale a éclaté, et le projet a dû être suspendu.

Mon père a été affecté au front de Yougoslavie où une guérilla sans pitié se déroulait, et où un expert de Ju-Jitsu pouvait être fort utile.

A la fin de la guerre, après le lancement des bombes atomiques, l’Empereur du Japon, pour éviter la destruction de son peuple a donné l’ordre, pour la première fois dans l’histoire du Japon, d’accepter la reddition.

Les maîtres du Butokukai ont refusé parce qu’à la base de cette école il y avait l’éthique des samouraï, même si cette caste avait été officiellement abolie depuis cent ans.

Alors ce refus, qui pouvait être honorable en soi, devenait dans ce cas un refus d’obéir à un ordre de l’Empereur ce qui est passible de la peine de mort.

Refuser un ordre de l’Empereur c’était aussi mourir.

Alors la plupart se sont tués.

D’autres qui connaissaient directement ou indirectement mon père ont été cachés par lui en Italie, pendant deux ans.

A la fin les choses se sont calmées et ils sont revenus au Japon mais ont refusé d’enseigner cet art.

Mon père s’était engagé à enseigner son savoir seulement à son fils aîné, parce que ses maîtres avaient pensé qu’après une génération on pouvait le rediffuser.

A son tour mon père m’a engagé à ne pas l’enseigner tant qu’il était vivant car c’était comme s’il l’enseignait lui, c’était ne pas respecter son engagement; engagement qui avait été respecté même par les autres élèves survivants.

Comme un Journal - Existe-t-il encore aujourd’hui des maîtres de JuJitsu Butokukai au Japon?

Me Surace - Non, ils sont morts.

Les futurs maîtres de JuJitsu Butokukai seront issus de notre organisation.

Au Japon on ne peut même pas utiliser le motButokukai.

Les maîtres du Butokukai ayant refusé de se rendre, les Américains ont fait un article spécifique du traité de paix interdisant l’utilisation du mot.

Comme un Journal - Sur quels grands principes est basé le JuJitsu Butokukai ?

Me Surace - Le JuJitsu est basé sur la rationalité la plus absolue.

C’est vraiment le maximum d’utilisation des forces en jeu.

On part du principe que l’adversaire est beaucoup plus fort, alors il faut utiliser des forces naturelles, notamment l’inertie et la gravité.

Ce fait était exprimé par les vieux maîtres qui disaient: «Dans le JuJitsu on utilise les forces qui meuvent les astres».

Ils n’avaient pas les concepts rigoureusement définis de la physique occidentale alors ils le disaient d’une façon intuitive.

C’était une autre façon d’expliquer les mêmes choses.

Les astres sont mus par l’inertie et la gravité.

La lune tendrait à bouger selon un mouvement rectiligne uniforme.

C’est le principe de l’inertie qui a été codifié par Galilée.

Alors la lune irait comme ça mais il y a la Terre qui l’attire par sa gravité alors elle tourne comme ça (NDLR: Stefano mime avec ses bras le mouvement desplanètes).

Ensuite il y a l’action sur les points sensibles du corps qui oblige l’adversaire à suivre, à faire certains mouvements, sans le blesser... enprincipe.

C’est-à-dire qu’il faut neutraliser l’adversaire sans le blesser grièvement.

Du point de vue philosophique ce principe a une énorme valeur qui va bien au-delà du principe juridique de légitime défense.

La légitime défense c’est le droit de tuer quelqu’un qui veut te tuer.

Tandis que dans cette philosophie des arts martiaux authentiques si l’adversaire veut te tuer, tu ne le tues pas, tu le neutralises et c’est possible que tu t’en fasses un ami.

C’est possible évidemment.

Comme un Journal - Y-a-t-il une véritable philosophie derrière ce qui peut apparaître comme une simple méthode de self defense?

Me Surace - Oui, le Butokukai est un «do».

En japonais «do» signifie une voie.

C’est plus ou moins ce qu’en Occident indique le mot philosophie. Il existe plusieurs voies dans la philosophie orientale: la voie du yoga, la voie taoïste, la voie bouddhiste, chacune avec leurs différentes variétés... Et nous avons la voie martiale.

Parce que l’humanité s’est rendue compte dès le début qu’il y a quelque chose qui la bloque, qui l’empêche de s’exprimer.

On part du principe que la personnalité humaine vraie est tendancielle vers le bien.

Alors l’humanité a cherché à élaborer des méthodes, des voies pour se libérer de ce qui la bloque, pour atteindre la lucidité mentale et donc la bonté.

Hein, comme disait Socrate: «Qui est lucide est bon».

En Orient la lucidité est indiquée avec des noms différents.

Le «satori» on l’a traduit approximativement en Occident avec le mot illumination.

En fait ce n’est pas l’illumination mais tout simplement la lucidité.

Même les religions occidentales visent toujours à ça en réalité.

Dans la religion catholique on parle de la grâce.

C’est la même chose, c’est l’état de lucidité qu’on essaie d’atteindre par d’autres types de rituels: la confession, les exorcismes, les exercices spirituels.

La voie martiale apporte vraiment quelque chose de plus car, dans une autre voie, même si tu arrives à joindre l’état de lucidité, tu deviens bon mais tu es à la merci de n’importe quel méchant.

Alors la voie martiale est le moyen qui peut te permettre le luxe d’être bon et dans le même temps de ne pas t’exposer à être détruit.

Tu vois le martyre chrétien, il était peut-être arrivé à la lucidité mais, bon, on lui a coupé la tête, on l’a martyrisé.

Comme un Journal - Que peut apporter la pratique du JuJitsu Butokukai?

Me Surace - Oui, en oubliant les samouraï, les Grecs, en oubliant tout le monde quelle utilité peut avoir à présent la pratique de cet art martial?

Depuis quatre ans que je fais ce cours, j’ai vu des transformations énormes parmi certains de mes élèves.

Normalement le JuJitsu Butokukai a des bienfaits extrêmement profonds.

Alors tu vois des comportements différents, une efficacité nouvelle dans le travail, dans la vie de tous les jours.

Les gens ne se transforment pas mais ils libèrent leur vraie personnalité.

Ils sont pleins d’énergie, une énergie qui vient de l’intérieur et qui s’oppose même aux maladies.

Il faut penser que les arts martiaux ont le but de prolonger la vie physique.

Alors d’un côté, ils servent à déjouer les agressions, de l’autre à se renforcer contre les maladies.

Nous sommes pleins de microbes et pourtant nous ne sommes pas malades normalement.

La maladie éclate quand ces microbes arrivent à surmonter nos défenses.

Alors ce renforcement de l’énergie interne prévient les maladies, et donc prolonge la vie.

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